Le cinéma français tendrait à empêcher la « diversité ». La faute à qui ? Selon Corinne Masiero, l'interprète de la série télévisée Capitaine Marleau, ce serait le résultat d'un déséquilibre des pouvoirs à la faveur des « bourgeois catholiques blancs de droite », déclara-t-elle dans Télérama. L'hebdomadaire bien-pensant contribua ainsi à se discréditer en relayant dans ses pages une démonstration gratuite de ressenti, à la limite de l'insulte.

 Maître Gilles-William Goldnadel, qu'on ne pourra accuser de myopie catholique, s'est permis de remettre à Mme Masiero le César de la « stupidité raciste et antichrétienne » dans une tribune du Figaro Vox ( https://www.lefigaro.fr/vox/politique/goldnadel-et-pour-corinne-masiero-le-cesar-de-la-stupidite-raciste-et-anti-chretienne-20200217). On reconnaîtra son acte de vérité et de respect, à compléter par quelques commentaires.

Rappelons d'abord que le scandale autour des Césars commença à la suite de l'affaire Polanski. Mme Masiero, accordons-lui ce crédit, n'est pas bête, elle sait parfaitement qu'au jeu des délations communautaires, tous les coups ne sont pas permis. Citons Me Goldnadel : « Mon imagination est impuissante à décrire la réaction médiatique si (...) un autre artiste avait pointé le nombre de juifs ou d'homosexuels au sein du cinéma national ».

Ensuite, quand on connaît le positionnement sur l'échiquier politique français des milieux des arts et de l'enseignement, peut-on raisonnablement pastiller « à droite » le mal du cinéma français ? Cela aurait-il sociologiquement échappé à Télérama et à une bonne partie de son lectorat ? En plus de crasse, le déballage de Madame Masiero est faux, il révèle tout au plus l'incapacité à se séparer de certaines fixettes ancestrales de la part de quelque groupe politique.

Il n'y a certainement pas à douter de l'humanisme de l'actrice, et l'on sait les douleurs qu'elle a endurées. On pourrait toutefois regretter les œillères sectaires de ses paroles, tout simplement bornées à se chercher des boucs-émissaires.

Avant de conclure, faisons honneur au sage Michel Serres, disparu l'an dernier. Dans un hors-série de Philosophie Magazine, il disait en 2018 :

« Des trois grands monothéismes, le christianisme est celui qui me semble le plus proche d'une religion à l'état pur, puisque le judaïsme est aussi une généalogie et que l'islam est plus politique et juridique. » A partir de sa caractérisation, nous nous demanderons également quel grand mal hypocrite prendrait à celui qui attribuerait, en 2020, au christianisme, une quelconque empreinte idéologique dominante dans les industries culturelles.

Mais la force des arguments est-elle pertinente à la face des invectives ? Aucun besoin de les multiplier ou dérouler deux mille ans d'histoire. Les attentions aux autres importeront dès lors davantage. Merci donc à nouveau à Me Goldnadel. Puissent les médias s'interroger sur leur pratique immodérée du deux-poids-deux-mesures. Puisse le cinéma français sortir de son nombrilisme en s'intéressant à l'outre-Paris. Et puissent les effusions tribalistes trop communes à notre époque se calmer, quand chacun apprendra peut-être à lâcher ses vieilles marottes.