Alors que systèmes financier, culturel et civilisationnel s'effondrent toujours plus violemment depuis 2007, un agent pathogène arrive, et redistribuera, peut-être, les règles du jeu.

Un bien supérieur pourra-t-il naître d'un mal ?

 

C'est l'histoire d'un monde de plus en plus suffoquant, métaphoriquement. Il ressemblerait presque à une fiction, à une mauvaise théâtralisation de la réalité. Celle-ci est pourtant tragique pour qui sait encore quand il est dans la société ou dans son spectacle. Quand cette histoire a-t-elle commencé au juste ? Dur à dire, on se contentera plutôt de traduire quelques-unes de ces dynamiques depuis les dernières décennies.

Aux trente glorieuses succèdent près de cinquante piteuses : dégradation de l'emploi, culture jetable, politique pipolisée, ingénierie sociale au service de la débilitation de masse, guerres néocoloniales pour accaparement de ressources... Le tout sur toile de pessimisme sur l'être humain. Comme la liste est longue, et pourtant ce système laisse poindre nombre de ses fissures en très peu de temps, à la manière d'une cocotte minute trop longtemps restée sur le feu. "On ne peut pas mentir à tout le monde tout le temps", dirait l'autre.Les déballages successifs qu'on a vus en très peu de temps pourraient nous donner le tournis.

 Comment peut-on croire à un homme public défenseur de la rigueur alors que sa femme se voit accusée d'abus de biens sociaux ? Comment ne pas s'écoeurer d'un quarteron de médias qui protègent un écrivain aux moeurs interlopes puis le lâchent quand le sens de l'opinion n'est plus à sa faveur ?Comment ne pas se désoler d'un autre qui prône les valeurs saintes de la famille et fait apparaître ses stimulations manuelles adultérines par réseau social interposées ? Le but n'est pas de dresser une liste exhaustive du faux et laid, ni même de les hiérarchiser par ordre d'importance. Il s'agit plutôt de faire apparaître que la plainte romantique sans l'action est pire qu'un mensonge, ce sont des paroles en l'air. Et comme cette tragédie nous semble comique quand on voit les victimes autoproclamées se draper du prestige de l'"opprimé", puis se prendre au piège de leurs propres contradictions. Pourquoi s'autoriser à séparer l'auteur de l'homme est possible quand ça vous arrange et non quand ça arrange votre adversaire ? L'on pourrait s'attrister aussi du spectacle de certaines réactions d'ego. Comment trouver courageuse la fuite devant l'admission résignée de l'invincibilité de son adversaire ?

 A la suite de ces craquements parfois insignifiants parfois pathétiques et rarement juste et bien formulés, Coronavirus contamine la planète au point d'empêcher de respirer, et cette fois réellement. Ce serait l'occasion d'un sursaut. Celle de se rendre compte d'erreurs que nous avons laissé nous imposer depuis 50 ans et d'oeuvrer citoyennement à les réparer par la loi. Celle aussi de rester debout devant l'inconnu et redécouvrir la science ; plutôt que céder à l'à-quoi-bonisme et au relativisime de tout. Celle encore de comprendre la coopération, la recherche du bien commun, par-delà les oppositions communautaires et les lignes partisanes. Quand on connaît la précarité et l'injustice d'une vie, on redécouvre l'amour pour son prochain.

Changer sa manière de penser en période de crise, ou se soumettre au triage. Quand un être humain sait ce qu'il défend, les épreuves ne l'atteignent pas, et les succès lui font rencontrer plus que le plaisir, la joie de participer à une belle oeuvre. A la manière d'un Mr Smith au Sénat en défense de sa cause  jusqu'à épuisement, le récent film Dark Water (Todd Haynes) nous montre, peu importe le temps et les obstacles, que parfois David peut vaincre Goliath. Et c'est une histoire vraie ! 

Ce que les hommes feront montrera si d'un parasite peut éclore l'idée du beau.