17 mars 2003, dix-sept ans, le discours de George Walker Bush devant la Maison Blanche annonçait la guerre à l'Irak.

16 mars 2020, sans surprise dans climat anxieusement et longuement épidémique, Emmanuel Macron la déclare à une nanoparticule. Le 17 mars 2020 commencera sa première grande offensive par le confinement de la France contre le Coronavirus.

 Si cette mesure prophylactique est pleine de bon sens, on regrettera quelques morceaux trop emphatiques, même dans les moments tragiques.

Qu'est-ce que la guerre ? Dans son allocution précédente, le président de France évoquait - honnêtement - les erreurs du libéralisme depuis plus de quarante ans. La "victoire" qu'il assure nous montrera la profondeur de ses paroles.

Cette guerre sociale contre ce système est celle de beaucoup de gens qu'on ne lustre pas si souvent médiatiquement, et elle ne s'arrête pas même en période d'isolement. Quelle sera leur place dans l'après ?

Si les solutions pour son extermination sont de nature politique, un virus n'en fait pas, lui, de politique. C'est un peu comme la nature d'ailleurs ; il est donc dès lors peu étonnant que certains écologistes se félicitent que la nature reprenne son droit, et que l'on émette moins de gaz à effet de serre quand on est contraint à rester à domicile et compter les morts. Les activistes de Péta se sont même stupidement plu à constater que "Coronavirus est l'anagramme de Carnivorous", devenez vegans et tuez les virus ! Certains craignent que ce type d'événement soit un précédent pour plus de contrôle, d'autres l'occasion de recréer. Entre les deux, la majorité pour l'instant condamnée à subir apprendra peut-être à s'organiser et embrasser la raison devenue si rare. 

Pour ce premier jour, depuis la fenêtre de ma chambre, j'entendais des bruits d'oiseau distants et ai profité d'un air urbain pas forcément pur. En temps ordinaire, quand j'ouvre mon placard je réfléchis à ce que je mettrai afin de varier les plaisirs. Maintenant, je me dis que le peu de personnes que je rencontrerai ne valent pas l'effort d'un tel choix. Mes pieds, que mes chaussures courbent la plupart du temps, respireront un peu hors de leurs chaussettes, en tongs. A la manière de l'expérience de Colin Beavan (No Impact Man, 2009), je me rends compte à quel point il est grotesque de changer si souvent d'habitacle, de passer de métro à tapecul, de maisons à troquets ou cinémas. En raison de mon incapacité humaine à me protéger par ma seule pilosité, je me contenterai d'une seule boîte de sardines. On trouverait presque avantageux ces idéaux romantiques que défendent les écolos, l'hédonisme en moins. Qu'importe, le verre à siroter à plusieurs sera d'autant plus savoureux.

Dans l'attente, le seul lien à créer sera électronique ou cathodique. Triste de voir à cet égard qu'un certain nombre de ces machines à débiliter continuent de tourner durant un tel instant. Ils nous parlent de redécouvrir la "lecture". Mouais, bof, le concept de "fracture social" serait-il dépassé en temps d'épidémie ?

Trois mouchoirs, une gorge enrouée, une touche de rhinopharyngite. Je suis depuis trois jours à domicile, dès avant cette annonce. Encore dix jours avant de savoir si quelque chose de viral se promène dans mes cellules. Le temps sera long, et les effets sur ce que nous deviendrons incertains, pas seulement en termes de santé, mais d'un point de vue humain et citoyen. On ne connaîtra aucun grand soir à l'occasion de ce virus, la patience et l'espoir en tout cas.