8 mai 2020, victoire ? Mais de qui contre quoi ?

Le monde d'avant était celui de la dérégulation des économies et des moeurs, du relativisme de tout au bénéfice de très peu. Il a conduit au monde de maintenant, qui rend incapable de se défendre contre une vulgaire nanoparticule, faute de moyens et, surtout, d'intelligence collective.

Après combien de morts inutiles, quid du monde "d'après" ? 

Dans un avenir sombre à moyen terme, un pauvre verra, depuis son lit d'hôpital une image d'un soignant sur écran lui annoncer sa mort imminente. Alors qu'un riche recevra la visite de ses proches. Comment l'on pourrait transformer toujours plus de simples neurones en silicone en ersatz d'humains pour plèbe, alors qu'une minorité toujours plus gloutonne conservera le privilège du naturel. Tandis que le Coronavirus frappait l'Italie en février, les pornocrates des réseaux tels que Pornhub offraient un mois d'abonnement gratuit dans un effort de fidélisation opportun. Rencontrer un humain qui tousse est dangereux comprenez, n'ayez pas en plus l'idée d'échanger vos fluides avec lui/elle ! Faire l'amour, n'y pensez pas malheureux ! Dans sa première intervention depuis cette crise, Michel Houellebecq cite un groupe d'activistes anti-PMA, "Les Chimpanzés du futur". Ceux-ci relatent la loufoquerie que paraîtra la procréation gratuite et naturelle, entre deux êtres humains qui s'aiment (faut pas déconner), dans un avenir hypothétiquement probable. Qu'importe le cheval de bataille, ce type de vision "hararienne" mérite évidemment réflexion.

Deux mois de télétravail en tongs m'ont ankylosé malgré une ligne stable grâce au tapis de gym. Pourquoi n'est-il pas encore écrit que l'abus d'écran est dangereux pour la santé sur les emballages d'ordinateurs ? Et comment peut-on encore produire un discours équilibré et critique sur la technologie quand tout un système vous pousse sur le chemin du pragmatisme, le même qui change l'art de gouverner en capacité à "gérer" du bétail. Tout jusqu'au journal de France 2 vous invite à incarner la pensée bisounours, à encourager les applaudissements aux soignants que la maréchaussée bastonnait encore il y a un an. Dans un documentaire partiellement (puisqu'ils y consacrent les 3/4 à taper sur la Chine)  intelligent sur l'intelligence artificielle, Arte montrait que les points de vue identitaires, politiques, intellectuels ont tendance à s'extrémiser par la médiation des technologies. Que reste-t-il de la confrontation ? De la discussion ? La disputation ?

Un bien pour un mal des infinies routes de l'information, ou l'inverse je ne sais plus trop : tout le monde peut s'exprimer, mais attention aux méchants conspis, d'ailleurs Sibeth N'Diaye a rappelé les intentions de repartir à la chasse aux infox grâce à un très probable ministère de la Vérité orwellien. Lorsque 99 % de la planète affichent sa défiance à la parole du pourceau restant, peut-on encore honnêtement y croire ? Les masques chirurgicaux tombent alors que les bazookas à billets des banques centrales tonitruent, beaucoup d'entre eux sont déjà morts.  

 Dans un monde de faux permanents demeurent quelques îlots de vérité, que beaucoup perçoivent et rejoignent malgré les tentatives d'étouffement et brandons de discorde jetés en pâture. Hippocrate à Marseille contre Big Pharma était un moment de clivage de cette crise digne d'intérêt, au moins c'était plus passionnant que toutes ces petites fissurations des Griveaux et Polanski.

Que l'après soit comme l'avant "en un peu pire" est un point de vue. Libre à chacun de rejoindre ces îlots et continuer à briser les digues. Entre terrorisme, éco-anxiété, krach financier et maintenant phobie sanitaire, la liste des motifs de contrôle social s'allonge. Il y a pire que ce virus hélas, il y a ce qui l'a permis dans le monde d'avant. Sans muter notre manière de penser, Haptophobie (peur du contact) et Phobocratie (gouvernement par la peur) nous conduiront tous à l'HP ; sans lit ni blouse ni masque.